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D'abord
la distinction paraît claire. Etre et apparence, cela veut dire: le réel, à
la différence de l'irréel et par opposition à lui; l'authentique opposé à
l'inauthentique.(...)
Le purement apparent est ce qui émerge parfois, et disparaît de nouveau
aussi fugitivement et avec aussi peu de persistance, par opposition à l'être
conçu comme le stable.
La distinction entre l'être et l'apparence est courante pour nous, il faut
la ranger elle aussi parmi ces nombreuses monnaies usées que nous nous
tendons de main en main sans y faire attention, dans une vie quotidienne
devenue banale. Dans le meilleur cas nous employons cette distinction comme
un avis moral, et une règle pour la conduite de notre vie: «Plutôt être que
paraître.»(...)
Il s'agit avant tout de concevoir l'unité cachée de l'être et de
l'apparence. Nous ne la comprenons plus parce que nous sommes tombés hors du
champ dans lequel cette distinction, qui est primitive, a mûri dans la
pro-venance, parce que, maintenant, nous nous contentons de la transmettre,
comme une chose mise en circulation un beau jour, n'importe où et n'importe
quand.
Cependant, en prenant nos distances en temps utile vis-à-vis de l'absence de
pensée et des propos en l'air, nous pouvons trouver même dans notre langue,
une trace qui nous oriente vers la compréhension de cette distinction: nous
retrouvons le mot Schein (apparence) dans l'expression Sonnenschein (lumière
du soleil). Le soleil luit. Nous lisons dans un récit: «la pièce était
éclairée par la faible lueur (Schein) d'une bougie.» Le dialecte alémanique
connaît le mot Scheinholz (bois phosphorescent), c'est-à-dire un bois qui
brille dans l'obscurité. Nous connaissons par les images des saints
l'auréole (Heiligenschein), l'anneau rayonnant autour de la tête. Mais nous
connaissons aussi des faux dévots (Scheinheilige), qui ont l'air de saints,
mais n'en sont pas. On appelle combat simulé (Scheingefecht) une opération
qui donne l'illusion d'un combat. Le soleil, en paraissant, donne
l'apparence de se mouvoir autour de la terre. Que la lune, paraissant à
l'horizon, mesure deux pieds du diamètre, cela paraît seulement ainsi, c'est
seulement une apparence. Nous nous heurtons ici à deux sortes d'« apparence
» et de « paraître ». Mais elles ne se trouvent pas simplement côte à côte;
l'une dérive de l'autre. L'apparence, par exemple, de se mouvoir autour de
la terre, ne peut appartenir au soleil que parce qu'il paraît, c'est-à-dire
luit, et, dans ce luire, vient à l'adparence. Et il est évident que, dans ce
paraître du soleil, considéré comme un luire, comme un rayonnement, nous
faisons en même temps l'expérience de la radiation comme chaleur. Le soleil
luit: il se montre, et il fait chaud. La splendeur de l'auréole qui paraît
dans l'éclat des lumières de l'église porte à ad-parence comme saint celui
qui porte cette auréole.
En examinant les choses de plus près nous trouvons trois modes de
l'apparence: I. l'apparence comme éclat et comme luire; 2. l'apparence et le
paraître comme apparaître, l'ad-parence; 3. L'apparence comme pure
apparence, lorsque quelque chose fait illusion: le semblant. Mais en même
temps il devient clair que le « paraître » nommé en second lieu,
l'apparaître au sens du se montrer, convient aussi bien à l'apparence comme
éclat qu'à l'apparence comme semblant, et cela non pas comme une propriété
quelconque, mais comme le fondement de la possibilité de cette apparence.
L'essence de l'apparence réside dans l'apparition. Elle est le se-montrer,
le se-présenter, l'ad-sister, la projacence.
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